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Schopenhauer et le dépassement du monde

  • Autorenbild: Martin Döhring
    Martin Döhring
  • 4. Aug.
  • 3 Min. Lesezeit

...

c'est une interprétation philosophiquement défendable, à condition de préciser qu'il s'agit d'une lecture herméneutique et non de l'interprétation propre de Schopenhauer du Tarot. Rien n'indique en effet que Schopenhauer se soit intéressé de manière systématique au Tarot. En revanche, sur le plan symbolique, le rapprochement est particulièrement fécond.

La Tour comme symbole du faux moi

Dans la tradition du Tarot, La Tour (XVI) symbolise :

  • l'effondrement des fausses certitudes ;

  • la chute de l'orgueil ;

  • la fin d'une illusion ;

  • une révélation radicale ;

  • la destruction d'une vision du monde devenue caduque.

Les personnages tombent de la tour parce que les fondations sur lesquelles ils avaient bâti leur existence étaient fragiles et illusoires.

La philosophie de Schopenhauer

Pour Schopenhauer, l'être humain vit ordinairement dans une double illusion.

Il s'identifie à :

  • son moi ;

  • ses possessions ;

  • son statut social ;

  • son ambition ;

  • ses désirs.

Toutes ces dimensions ne sont, selon lui, que des manifestations de la Volonté.

L'homme se persuade :

« Je suis cet individu et je dois m'affirmer. »

C'est précisément cette identification qui engendre la souffrance.

La Tour comme effondrement de l'ego

Dans cette perspective, La Tour acquiert une signification profondément schopenhauerienne.

L'éclair ne détruit pas l'homme.

Il détruit l'édifice que l'homme a construit autour de son ego.

La Tour peut ainsi symboliser :

  • l'orgueil ;

  • la quête du pouvoir ;

  • l'ambition sociale ;

  • la richesse ;

  • la recherche du prestige ;

  • l'illusion de soi.

Autant de constructions issues de la Volonté individuelle.

Le dépassement de la subjectivité

C'est ici que le rapprochement devient particulièrement éclairant.

Dans son esthétique, Schopenhauer décrit le moment où l'homme devient

le pur sujet de la connaissance.

À cet instant disparaissent provisoirement :

  • l'ambition ;

  • le désir de posséder ;

  • la peur ;

  • la rivalité.

La Volonté se tait.

La Tour peut alors être comprise comme l'effondrement des constructions subjectives qui empêchent l'homme d'accéder à une connaissance désintéressée du réel.

L'ambition mal orientée

Traditionnellement, La Tour est également une mise en garde contre l'hybris, la démesure.

Cette idée correspond remarquablement à la pensée de Schopenhauer.

Pour lui, l'ambition est l'une des expressions de la Volonté.

L'homme ambitieux croit trouver le bonheur dans :

  • le succès ;

  • la gloire ;

  • le pouvoir ;

  • la richesse.

Schopenhauer répondrait :

« Ce n'est qu'une illusion produite par la Volonté. »

La Tour détruit précisément cette illusion.

Le sens positif de la destruction

À première vue, La Tour évoque une catastrophe.

Sur le plan philosophique, elle peut cependant être comprise comme une libération.

Elle détruit :

  • les illusions ;

  • la vanité ;

  • les fausses sécurités.

Elle ouvre ainsi un espace nouveau pour la connaissance.

Cette lecture correspond pleinement à l'idée de Schopenhauer selon laquelle la véritable compréhension du monde ne devient possible qu'à partir du moment où l'homme prend ses distances avec son vouloir individuel.

Une lecture iconographique

On peut interpréter La Tour comme une allégorie de l'existence humaine :

  • La Tour représente le moi construit par l'ego.

  • La Couronne symbolise l'orgueil et la prétention à dominer.

  • L'Éclair figure l'illumination philosophique.

  • Les personnages qui tombent représentent l'abandon de l'identification au moi, aux biens et aux ambitions.

  • Le ciel obscur symbolise le monde dominé par la Volonté et la souffrance.

  • La lumière de l'éclair représente l'instant de la vérité.

Dans cette interprétation, La Tour n'est plus seulement le symbole d'une catastrophe, mais celui d'une percée vers la connaissance, d'un dépassement de l'illusion de l'ego et d'une première étape vers ce que Schopenhauer appelle la négation de la Volonté.

Une comparaison avec Nietzsche

Il est intéressant de comparer cette lecture avec celle que l'on pourrait attribuer à Nietzsche.

Pour Nietzsche, l'effondrement de la Tour ne conduirait pas à la négation de la Volonté, mais à la nécessité de créer de nouvelles valeurs. Là où Schopenhauer voit dans la destruction de l'édifice de l'ego une voie vers la délivrance intérieure, Nietzsche y verrait le point de départ d'une affirmation créatrice de la vie.

Ainsi, une même image symbolique peut recevoir deux interprétations philosophiques radicalement différentes : chez Schopenhauer, le dépassement de l'attachement au vouloir individuel ; chez Nietzsche, la naissance d'une nouvelle puissance créatrice.

1 Kommentar


Martin Döhring
Martin Döhring
05. Aug.

Arthur Schopenhauer et le dépassement du monde

Arthur Schopenhauer programma délibérément ses cours à l'Université de Berlin le même jour et à la même heure que ceux de Georg Wilhelm Friedrich Hegel.

À cette époque, Hegel était la figure incontestée de la philosophie allemande. Titulaire de la prestigieuse chaire de philosophie, il attirait des centaines d'étudiants. Schopenhauer, récemment habilité comme Privatdozent (maître de conférences privé), espérait manifestement attirer un public comparable ou défier l'establishment académique.

Ce pari se solda par un échec retentissant. Alors que l'amphithéâtre de Hegel était comble, seuls quelques étudiants – parfois aucun lors des semestres suivants – assistaient aux cours de Schopenhauer, qui dut finalement les interrompre. Cette déconvenue nourrit durablement sa profonde amertume envers Hegel ainsi…

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