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Le mythe de Narcisse, d'Ovide à Freud et Jung

  • Autorenbild: Martin Döhring
    Martin Döhring
  • vor 1 Tag
  • 3 Min. Lesezeit

... « Les droits d’auteur de cette image sont la propriété de Martin Döhring. » ...
... « Les droits d’auteur de cette image sont la propriété de Martin Döhring. » ...

L'histoire de Narcisse est l'un des épisodes les plus célèbres des Métamorphoses d'Ovide. Elle est racontée dans le Livre III et dépasse largement le cadre d'une simple histoire d'amour. Elle traite de la connaissance de soi, de l'illusion et de l'impossibilité de se posséder soi-même comme objet d'amour.

L'histoire

Narcisse était un jeune homme d'une beauté exceptionnelle. Dès sa naissance, le devin aveugle Tirésias prophétisa qu'il vivrait longtemps, à condition de ne jamais se connaître lui-même.

De nombreuses femmes et de nombreux hommes tombèrent amoureux de lui, mais Narcisse les repoussa tous avec orgueil. Parmi eux se trouvait la nymphe Écho.

Écho avait auparavant été punie par Héra, qu'elle avait distraite par de longues conversations. Depuis lors, elle était incapable de parler librement et ne pouvait plus que répéter les derniers mots prononcés par les autres. Lorsqu'elle voulut déclarer son amour à Narcisse, celui-ci la repoussa. Accablée de douleur, elle se retira dans les montagnes jusqu'à ce qu'il ne subsiste d'elle que sa voix : l'écho.

Le châtiment

La déesse Némésis entendit les plaintes des amoureux éconduits.

Elle conduisit Narcisse auprès d'une source parfaitement calme. Lorsqu'il se pencha au-dessus de l'eau, il y aperçut un visage d'une beauté incomparable.

Il ignorait qu'il s'agissait de son propre reflet.

Il s'éprit passionnément de cette image.

Il voulut la toucher.

Il voulut l'embrasser.

Mais chaque fois que sa main effleurait l'eau, l'apparition se brisait.

Peu à peu, il finit par comprendre :

« C'est moi-même. »

C'est précisément cette révélation qui rend son supplice absolu. Il ne pourra jamais posséder l'être aimé, car l'amant et l'aimé ne font qu'un.

Finalement, consumé par un désir impossible, Narcisse meurt au bord de la source.

Lorsque les nymphes viennent chercher son corps, elles ne découvrent plus qu'une fleur à sa place :

le narcisse.

Une signification plus profonde

Ovide ne raconte pas cette histoire comme une simple leçon de morale.

Elle aborde plusieurs thèmes philosophiques essentiels :

  • l'illusion produite par la perception ;

  • la frontière entre l'image et la réalité ;

  • le désir impossible à satisfaire ;

  • l'amour de soi privé d'une véritable connaissance de soi.

Le reflet ne possède aucune réalité propre. Il n'existe que tant que Narcisse le contemple.

Le lien avec Freud

Pour Sigmund Freud, Narcisse devint par la suite un symbole fondamental.

C'est à partir de ce mythe qu'il élabora le concept de narcissisme.

Il distingue :

  • le narcissisme primaire, durant lequel l'enfant investit d'abord toute sa libido sur lui-même ;

  • le narcissisme secondaire, où l'énergie psychique, après avoir été dirigée vers le monde extérieur, est réinvestie dans le moi.

Freud ne réduisait toutefois pas le narcissisme à une simple vanité. Pour lui, il s'agit d'une structure fondamentale du développement psychique et de la personnalité.

Le lien avec Carl Gustav Jung

Carl Gustav Jung interpréterait ce mythe d'une manière différente.

Pour Jung, le miroir symbolise la rencontre avec le Soi.

Narcisse n'échoue pas parce qu'il s'aime, mais parce qu'il prend son reflet pour la réalité. Il confond son apparence extérieure avec son être profond et demeure prisonnier de la Persona, au lieu d'entreprendre le processus d'individuation.

Interprétation philosophique

Le mythe conserve aujourd'hui une étonnante actualité.

On peut désormais voir en Narcisse une allégorie du monde médiatique contemporain :

  • le selfie ;

  • les réseaux sociaux ;

  • la mise en scène permanente de soi ;

  • la quête de reconnaissance à travers sa propre image.

L'être humain contemple sans cesse son reflet numérique et court le risque de confondre cette représentation avec son identité véritable. C'est ainsi que le mythe d'Ovide, vieux de près de deux mille ans, acquiert une signification nouvelle : le véritable problème n'est pas l'amour de soi, mais l'attachement à une image qui ne coïncide jamais pleinement avec le véritable soi.

 
 
 

1 Kommentar


Martin Döhring
Martin Döhring
vor 9 Stunden

**1. Le narcissisme selon Freud est-il automatiquement pathologique ?**


En bref : Non.


Freud distingue clairement entre :


**a) Le narcissisme normal (qui renforce le moi)**


* il apparaît dans la petite enfance

* il est nécessaire à l’estime de soi, à l’identité et à l’autonomie

* il constitue la base permettant d’aimer


Sans cette part, un être humain serait :


* insécure

* dépendant

* non différencié

* incapable de relations stables


**b) Le narcissisme pathologique**

Il apparaît lorsque le reflet (la « mirroring ») de la petite enfance est perturbé :


* trop peu d’amour → estime de soi fragile → grandiosité compensatoire

* trop d’admiration → image de soi grandiose sans test de réalité


Le narcissisme pathologique…


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