le Livre des Morts égyptien
- Martin Döhring

- 1. Aug.
- 4 Min. Lesezeit

Le Livre des Morts égyptien n’est pas un texte unique, mais un recueil d’environ 190 formules (incantations, hymnes et prières) destinées à faciliter au défunt le passage dans l’au-delà. Le nom moderne « Livre des Morts » date du XIXe siècle ; les Égyptiens l’appelaient :
« Formules pour sortir au jour »
Cela désignait la capacité du défunt à circuler librement, après la mort, entre le monde souterrain et le monde des vivants, et à obtenir finalement la vie éternelle.
**Origine**
Le Livre des Morts s’est développé sur plus de mille ans.
* Textes des Pyramides (Ancien Empire, à partir d’environ 2400 av. J.-C.)
* réservés aux seuls pharaons
* gravés dans les parois des pyramides
↓
* Textes des Sarcophages (Moyen Empire)
* pour la première fois accessibles aussi aux fonctionnaires et aux citoyens aisés
* écrits sur des cercueils en bois
↓
* Livre des Morts (Nouvel Empire, à partir d’environ 1550 av. J.-C.)
* sur des rouleaux de papyrus
* composés de manière individualisée
* souvent richement illustrés
Chaque défunt pouvait faire réaliser un rouleau de papyrus ; les personnes fortunées le faisaient rédiger spécialement pour elles.
**Idée fondamentale**
Les Égyptiens croyaient que l’être humain était composé de plusieurs éléments :
* Ka – force vitale
* Ba – personnalité, libre de se déplacer
* Akh – l’existence glorifiée et immortelle
* Le nom
* L’ombre
* Le cœur (Ib) – siège de la raison et de la morale
Ce n’est que si tous ces éléments étaient préservés que la vie éternelle pouvait naître.
C’est pourquoi la momification était si importante.
**Structure du Livre des Morts**
L’ouvrage accompagne le défunt étape par étape.
**1. Protection de la tombe**
Des formules magiques protègent
* la momie
* le sarcophage
* le mobilier funéraire
* le nom du défunt.
**2. Retour à la vie**
Plusieurs formules visent à
* ouvrir les yeux
* ouvrir la bouche
* faire bouger les bras
* fortifier le cœur
* permettre la respiration.
Célèbre est le « rituel de l’ouverture de la bouche », qui restaure symboliquement les fonctions vitales.
**3. Voyage dans le monde souterrain**
L’au-delà était plein de dangers :
* démons
* serpents
* lacs de feu
* portes fermées
* gardiens.
Chaque porte exigeait
* le nom exact,
* le mot de passe correct
* ou une formule magique appropriée.
Le Livre des Morts servait en quelque sorte de guide de voyage.
**4. Le jugement des morts**
C’est la scène la plus célèbre.
Au centre :
* Anubis conduit le défunt.
* Osiris siège en juge sur le trône.
* Thot consigne le verdict.
* Les 42 dieux juges écoutent la justification.
* Le cœur est pesé contre la plume de Maât.
Si le cœur est léger comme la plume, le défunt peut continuer à vivre.
S’il est alourdi par la faute, il est dévoré par la démone Ammit.
Cela ne signifiait pas un supplice éternel, mais l’anéantissement définitif de l’existence – le pire destin possible selon la conception égyptienne.
**La « Confession négative »**
Particulièrement connu est le chapitre 125.
Le défunt déclare par exemple devant les juges :
Je n’ai pas tué.
Je n’ai pas volé.
Je n’ai laissé personne mourir de faim.
Je n’ai pas utilisé de faux poids.
Je n’ai pas menti.
Je n’ai pas pillé de temples.
Je n’ai pas fait verser de larmes.
Ces affirmations devaient montrer que le défunt avait vécu en accord avec l’ordre divin (Maât).
**But du Livre des Morts**
Après avoir réussi l’épreuve, l’âme parvenait au « Champ des Roseaux » (Aaru).
Ce paradis était conçu par la religion égyptienne comme une Égypte parfaite :
* champs fertiles
* eaux claires
* moissons abondantes
* harmonie avec les dieux
* retrouvailles avec les ancêtres
* jeunesse éternelle.
Ce n’était pas un lieu d’oisiveté, mais une continuation idéalisée et paisible de la vie.
**Formules importantes**
Parmi les chapitres les plus connus :
* Chapitre 6 : Les figurines ouchebtis accomplissent les travaux à la place du défunt.
* Chapitre 17 : Création et renaissance.
* Chapitre 30B : Le cœur ne doit pas témoigner contre son possesseur lors du jugement.
* Chapitre 64 : Résumé du chemin vers l’au-delà.
* Chapitre 125 : Jugement des morts et pesée du cœur.
**Signification symbolique**
Le Livre des Morts égyptien est bien plus qu’un manuel religieux. Il transmet une vision du monde complète :
* Maât représente la vérité, la justice et l’ordre cosmique.
* La mort n’est pas une fin, mais un passage.
* Le comportement moral durant la vie décide du destin après la mort.
* Le savoir – en particulier la connaissance des noms sacrés et des formules – possède une force salvatrice.
Du point de vue de l’histoire des religions, le Livre des Morts compte parmi les œuvres les plus importantes de l’humanité. Il unit rituel, éthique, mythologie et conceptions de l’au-delà en un système complexe qui a marqué la culture égyptienne pendant de nombreux siècles. Il est particulièrement remarquable que le jugement des morts ne place pas uniquement les formules magiques au centre, mais aussi le comportement moral de l’homme – une idée qui, sous des formes différentes, réapparaîtra plus tard dans d’autres religions.




Le Livre des Morts égyptien n’est en aucun cas un récit homogène ni un livre sacré au sens de la Bible ou du Coran, mais plutôt une vaste collection d’environ 190 formules, hymnes, prières et incantations. Connu à l’origine sous le titre égyptien ancien « Formules pour sortir au jour » (rw nw prt m hrw), ce nom exprime déjà le but profond de l’ouvrage : permettre au défunt de revenir à la lumière après la mort, de se mouvoir librement et, finalement, d’obtenir une vie éternelle auprès des dieux.
D’un point de vue historique, le Livre des Morts s’est développé sur plus de mille ans. Les premiers textes furent les Textes des Pyramides de l’Ancien Empire, à partir d’environ 2400 av. J.-C.,…